Cambodge Contemporain

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Mémoire de sociologie sur l'art contemporain cambodgien

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MessageSujet: Mémoire de sociologie sur l'art contemporain cambodgien   Jeu 14 Juin - 20:03

Je viens de soutenir mon petit mémoire de sociologie, niveau master 1, sur l'art contemporain cambodgien. Je peux l'envoyer à qui veut, suffit de demander.

Je vous fais un petit résumé.

A l'origine je cherchais un moyen d'aborder l'action des occidentaux dans le développement d'un pays comme le Cambodge. Mais également une scène d'art naissante pour comprendre comment naît l'art, et accessoirement comprendre son rôle, et surtout en quoi il est une approche intéressante, sociologiquement parlant. Le terrain retenu a été l'art contemporain cambodgien.

L'art contemporain cambodgien se développe à l'occasion d'un projet auquel collaborent des acteurs occidentaux (les organisateurs) et cambodgiens (les artistes). J'ai mené des entretiens avec des organisateurs et avec des artistes.

Il s'agissait à la fois de saisir le projet mis en oeuvre par les organisateurs, et des rationalités d'artistes. Dans les deux cas, même dans l'abord de leur action, c'est à travers leur subjectivité que j'ai construit mon approche.

Observations concernant les organisateurs :
* ils visent à construire des individus, en l'occurrence des artistes. Mais il y a des effets pervers : l'argent et l'académisme individuel.
* l'art découle de cette transformation de l'artisan en artiste. Mais il y a la nécessité du curator.
* on peut observer chez eux une ignorance de la culture cambodgienne. Mais également un rejet de l'art contemporain. Il s'agit d'écarter l'un et l'autre, pour faire place nette pour quelque chose de nouveau.
* il y a une prise en charge et une tendance au dispositif, qui balise. Mais aussi une volonté d'être surpris. Cependant, les rapports entre cambodgiens et occidentaux sont tels qu'ils sont un peu rigides, du fait d'une domination intériorisée par chacun et de représentations fortement ancrées en chacun concernant l'autre. De plus, leur manière de procéder leur semble aller de soi, elle est nécessaire et il n'y en a pas d'autre possible à leurs yeux (autrement dit ils font du mieux qu'ils peuvent).

Observations concernant les artistes :
* des jeux relationnels et artistiques. Chhim Sothy, qui expose parce qu'il a des amis étrangers, aimerait ainsi pouvoir créer une peinture pour chacun, possédant pour cela diverses techniques picturales, de la peinture cambodgienne traditionnelle à l'art moderne.
* des projets artistiques. Mak Remissa vise à transformer le rapport des cambodgiens à la nature ainsi qu'à la photographie ; Sopheap Pich tente par ses sculptures vécues comme pure expérience par le public, de renouveler le rapport des cambodgiens à leur environnement, à leur culture matérielle, mais aussi, par le silence et la sécurité, au monde et aux autres.
* des subordinations matérielles. Mak Remissa ne crée pas autant qu'il le souhaite en raison d'un emploi de photojournaliste, ou Sopheap Pich a débuté dans la sculpture grâce au directeur du centre culturel français qui lui a assuré trois mois de subsistance.
* la normalisation de la déviance. Qualifiés de fous par les cambodgiens, une normalisation des artistes cambodgiens s'opère. Par leur exposition dans le cadre de galeries et bars occidentaux, par l'explication de leur démarche ou par des arrangements (Vandy Rattana a accepté de retirer la photo d'une collègue, mais seulement sur le site internet).

Il y a trois projets en concurrence. Un projet "libéral-traditionnel" (ou "postmoderne") qui valorise le commercial autant que le traditionnel. Un projet "colonialiste" qui est une capture du Cambodge, des cambodgiens et des lieux cambodgiens par les occidentaux. Et ce projet "contemporanéiste", dont l'originalité consiste à tenter d'être une interface entre le Cambodge et le monde contemporain, autour, donc, de la conversion de l'habitus individuel. Mais une conversion dont il est toutefois fait un usage propre par les artistes.
A l'automne 2006, le Angkor Festival international de photographie avait invité Mak Remissa et Vandy Rattana pour déculpabiliser le décor. Laissés à eux-mêmes, ils gardent un mauvais souvenir de cet évènement caractéristique du projet "colonial". Mais c'était aussi un test pour mettre à l'épreuve leur nouvel habitus d'individu. Vandy Rattana (le plus jeune des artistes rencontrés), furieux, mais également coincé entre une demande de prise en charge et la tentation d'étrenner son nouveau statut d'artiste, a fui dans les plus brefs délais. Mak Remissa, au contraire, a négocié sa présence avec les organisateurs, en acceptant leur proposition (une vitrine pour se faire connaître) sans en être dupe.

Concernant les acteurs du projet étudié et leurs lieux, on peut se demander s'ils ont vocation à s'institutionnaliser, à se développer comme ils développent, ou à s'en tenir au seul rôle d'interface. Autrement dit : de quelle manière va-t-il intégrer ce qu'il développe dans son développement, comment va-t-il évoluer, en tant que projet et en tant que dispositif (et monde, champ et jeu) ? Si les organisateurs affirment pour la plupart ne pas envisager de rester à très long terme au Cambodge, leurs souhaits concernent : la création d'un musée d'art contemporain, une grande exposition comme cela se faisait dans les années 1950, une coopération artistique inter-asiatique et transcontinentale (avec Berlin en l'occurrence).

Mais on peut aussi se demander ce qui est perdu de la culture cambodgienne à travers cette conversion, ce que ce projet ne prend pas en compte. Ou pas encore en compte, à moins que ce soit aux artistes de faire cet effort, mais pour cela il leur faudrait avoir très bien intégré leur habitus, et jouer avec les organisateurs. Dans une telle perspective, on peut se demander si les artistes deviendraient des "contemporains", et non plus des cambodgiens, comme s'il y avait ici une opposition. Et, plus largement, si tout devenir est co-devenir : si l'art cambodgien devient contemporain, dans quelle mesure l'art contemporain deviendra-t-il cambodgien ?

Au-delà de l'art, il s'agit de se demander dans quelle mesure l'action des occidentaux peut-être durablement, efficacement et éthiquement aider le Cambodge à sortir de 2000 ans d'isolement.
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